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Le Corps en pratique
Pilates et Psychanalyse
Pilates et Psychanalyse (2)

Tout travail corporel s’inscrit dans ce contexte, dans cette actualité du « bien-penser ». Comme toute technique, réflexion ou invention de notre époque, Pilates n’échappe pas à ces effets de mode et à ses avatars, il n’est que de voir la récupération actuelle dans les salles de fitness ou de remise en forme et la frénésie de tous les médias par rapport à cette technique à la vogue qui a converti les athlètes, les stars et autres comédiens.

Doit-on incriminer la méthode ou l’usage qui en est fait ? Est-ce Pilates qui a voulu cela ou l’utilisation mercantile actuelle ?

Joseph PILATES a transmis une méthode qui introduit un travail corporel différent, non la maîtrise et la performance, mais la reprise, et la symbolisation d’une histoire personnelle.
De la même manière qu’une psychanalyse permet de lever, de parcourir les éléments de son existence refoulés, et d’accéder à une vérité de son histoire toute relative parce que personnelle, un travail corporel global peut amener à « réveiller » certaines parties du corps qu’on ne sentait plus, qu’on avait enkyster, surprotéger suite à un accident, un traumatisme réel ou fantasmé voire simplement, un discours familial et/ou personnel. En général, tous les endroits du corps qui ont été touchés, marqués au cours de notre existence vont se manifester lors de ce travail. Pour le client cela commence souvent par la sensation d’une étrangeté voire d’une gêne ou d’une souffrance : « je sens quelque chose de nouveau », ou « j’ai mal… ».

Nous sommes dans l’ordre de la sensation, du ressenti, quelque chose de relatif, or, le sujet a tendance à le prendre pour une vérité, un absolu. C’est une étape essentielle et un moment délicat du travail car le fonctionnement habituel, même s’il cause une souffrance, parfois un véritable handicap est connu, apprivoisé ; l’existence s’est organisée avec et quelque fois autour et il n’est pas facile d’en changer.

Si le corps commence à bouger, si le fonctionnement ancien n’a plus cours, pour autant le sujet n’a pas encore la disponibilité nouvelle qu’apporte le travail en cours. Il est désorienté et la tentation lui est grande d’arrêter ou de s’en remettre à un avis extérieur, médical, de se tourner vers un spécialiste « officiel » plutôt que « d’entendre » et d’accepter ce qui se passe à l’intérieur de lui-même. Comme dans le cours d’une psychanalyse, des « résistances » viennent marquer chaque étape du déroulement. Un changement trop brutal peut déstabiliser quelqu’un qui avait organisé sa vie avec son handicap ; la plus grande prudence s’impose et nulle pression ne doit venir interférer dans ce travail, le changement apparaîtra en son temps quand l’ancien fonctionnement tombera, tout seul, en désuétude, parce que le sujet n’y aura plus ni recours, ni besoin.

Lors de ce travail c’est l’équilibre du corps tout entier qui est engagé. Prenons un exemple simple pour illustrer : un traumatisme sur la jambe gauche qui restreint le mouvement ou suscite une gêne répétée, va faire compenser avec la jambe droite et donc déséquilibrer tout le corps. La personne s’accommode de ce fonctionnement, même handicapant et lorsque le travail corporel remet en mouvement cette zone lésée autrefois, le corps tout entier est concerné par ce changement. Le but du travail n’est pas de s’attacher au symptôme, ni de viser la « guérison » à tout prix mais de mobiliser toutes les forces de vie du sujet pour qu’il puisse exister avec ce corps qu’il vit, souvent, comme imparfait ou malade, quelquefois étranger ou même handicapé.